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12/09/2008

Erkin Koray / Elektronik Türküler (Damla - 1974)



Bienvenue aujourd'hui au cœur d'un évènement qui a bouleversé la Turquie, un tremblement de terre, que dis-je un ras de marée dans le paysage musical Turc. Depuis tout temps, des allumés du ciboulot viennent perturber l'ordre établi en affirmant par exemple que la terre est ronde ou que les hommes sont libres et égaux (ouai c'est dingue, hein!!!).

La musique serait-elle juste un passe temps, un média pour nous vider le cerveau après une harassante journée de boulot? Et bien non, pour certains : prendre sa guitare et chanter est un acte politique et culturel fort. On est bien loin des merdes servies par Univers sale et consorts...

Erkin Koray a posé la pierre fondatrice de la musique moderne turque. Sa musique, ses textes mais aussi son look se sont confrontés aux dogmes d'une société peu encline à ce genre de débordements. A l'époque, dans son pays, il fallait des « cojones » pour jouer de la musique de bab'

En effet le papy du rock psychédélique n'a pas à rougir de sa carrière. 35 ans après, avec plus d'une quinzaine d'albums sortis, Erkin n'a pas déchaussé ses santiags (comme Dick Rivers, non je déconne). Pour preuve, un concert vu à Istanbul, il y a deux ans...où des gens de tout âge s'étaient rassemblés pour applaudir l'apôtre du rock turc.

Elektronik türküler est le disque à posséder d'Erkin Koray. Et dire que j'ai failli passer à coté, car je sais pas si vous avez écouté les compiles du bonhomme, mais c'est Babylone!!! Le pire côtoie le meilleur. (Priez pour qu'il ne lâche pas le saz pour jouer du synthé en gros)

L'album commence avec une ballade dans la plus pure tradition anatolienne puis mute en épopée psyché à grand renfort de saz et de Moog. Une sonnerie de téléphone vient perturber l'écoute au deuxième morceau. Pourquoi? Pas de réponse, mais une magnifique attente téléphonique si vous voulez savoir!!! Après ce blues hypnotique, Erkin dérape dans la guimauve avec un troisième morceau en deça du reste de l'album. Et c'est reparti pour biberonner de l'acide dans les sombres ruelles d'Istanbul avec «Yalnizlar rihtimi», un tube radiophonique fortement influencé par les Beatles. La mélancolie gagne peu à peu l'album, la voix d'Erkin résonne avec nonchalance sur des mélodies de plus en plus sombres. Avant de clore l'album avec son meilleur morceau, Erkin rend hommage au dieu de la 6 cordes : Jimi Hendrix avec un un intermède («Inat») ébouriffant.

«Turku», retenez bien ce nom, il justifie à lui seul l'achat de cet opus. Il y a du religieux dans ce morceau, une émotion qu'on ne sait expliquer. Ça fait quinze fois que j'appuie sur Repeat, mais je n'y peut rien c'est tellement bon...

Laissons Erkin clore cette chronique par ces mots « I will not leave music until music leaves me »

http://www.myspace.com/erkinbaba

03/03/2008

Gevende / Ev (Baykus Music - 2006)




"Ev" signifie en turc la maison, le foyer, c'est à dire l'endroit où l'on se sent chez soi. Pour Gevende, le monde entier est "Ev". Cette philosophie de l'exil, Gevende l'a érigé en dogme, lors d'un périple en 2006, ils sont partis à la rencontre d'autres cultures et d'autres univers musicaux, ils se sont arrétés en Iran, en Inde, au Pakistan ou au Népal. Cet empirisme musical apparaît comme le marque de fabrique du groupe.
On est, en effet tout de suite frappé par la densité et l'effervescence émergant de ces neuf chansons. Nous ne sommes pas alors étonné, d'apprendre que pas moins de vingt deux musiciens ont collaboré à ce disque ...ce qui représente aussi une palette d'instruments considérable...de la trompette, du saxophone, du trombone, des tablas, du violoncelle, du didgeridoo mais aussi du piano, un tambour et de la flute, sans oublier les instruments plus classiques comme la guitare, le saz ou la batterie.
A la base, Gevende se compose d'un noyau dur de quatre persones. En laissant cette ouverture propice à l'improvisation, une oeuvre folle a jailli de ces rencontres...sans jamais perdre de sa cohérence.

Direction les balkans pour un premier morceau. Porté par les arabesques du violon, Gevende mélange les gammes de la musique turque au jeu gitan. Seul un break de tablas indiens vient interrompre un morceau qui n'aurait pas fait tache dans la bande originale de "Chat noir, chat blanc" (Kusturika). Un pied en roumanie et l'autre à Cuba, les trompettes de "Refik"se consument dans une salsa endiablée..portées par la complainte d'une gitane. Le troisème morceau "Nem" s'apparente beaucoup plus au jazz...le Ney (flute turque) accompagne à merveille les registres traditionnels de la musique turque...envoutants et mystérieux. Bande originale du film de leur périple, "Ev" est coloré de multiples sentiments : la mélancolie sur "Nayu", l'espoir sur "Okyanus Dügünü" ou bien la tristesse sur "Anonim". Ce même morceau est assez représentatif de la musique de Gevende : sur la base d'un morceau typiquement gitan, les percussions sont venus tout droit d'Amérique du sud tandis que les arrangements sont typiques du folk turc. La suite de l'album emprunte une voie un peu différente, en phase avec un certain rock progressif façon Franck Zappa ou The Mars Volta.

Un premier CD en forme de témoignage de leur voyage, Gevende offre une vision décompléxée des musiques traditionelles en y injectant des univers poutant éloignés comme le jazz ou le rock. La richesse de cette oeuvre impose une limite à cette chronique... celle de la conclure et de se remettre "Ev" dans les cages à miels...

http://www.myspace.com/gevende

15/01/2008

Bedroomdrunk / Raw (2007)





Une guerre secrète quasi souterraine est en marche dans le monde des musiques amplifiées. Qu'on soit clair, la terre tourne toujours autour du soleil, les marchés boursiers entassent sans cesse des milliards de dollars, les glaciers fondent à vue d'oeil et les hommes ne se préoccupent toujours pas de leurs prochains. Non, ce n'est pas ça...
Au plein coeur de la Turquie, à Ankara plus précisément, un groupe atypique explore un sombre chemin. Son nom : Bedroomdrunk!!!
Encore un blaze pas piqué des hannetons. Peut-être une incitation à la consommation de raki avant d'aller rejoindre Morphée, voila un nom que l'on n'oublie pas au moins.

Le groupe a sorti son premier album "This is what happened" en 2003 et tourné de façon intensive.
Après des soucis de personnel", Bedroomdrunk nous sort "Raw" en 2007.
Le premier morceau "her against me" résonne à la façon du "Teen Age Riot" de Sonic youth sur l'album Daydream Nation. Un leurre trouble, inquiétant à la manière d'un cheval de Troie dont on ne mesure pas tous les dangers.
Au fur et à mesure, s'installent des barricades de distorsion, gangrenés de sons parasites. La tension s'installe, la guerre a commencé...

Impossible d'éviter la comparaison avec les vétérans du rock indépendant: Sonic Youth. Leur fusion du punk, de la pop et de la noise, demeure encore aujourd'hui une base fertile pour des tas de groupes.
Mais Bedroomdrunk n'est plus un enfant!!!
Le groupe a su développer une personnalité propre au travers de ces compositions, à la fois sombre et naïve. La bande son d'un adolescent face à ses crises existentielles, basculant entre l'envie de vivre ou d'en finir.
Un groupe à surveiller de très prés (c'est qu'il pourrait faire une connerie!!!)
Leur album est en libre téléchargement à cette adresse

http://www.myspace.com/bedroomdrunk

02/01/2008

Reverie Falls On All / Clouds in our room (2006)




S'il subsistait un doute sur l'intérêt de Replikas pour la noise ou l'expérimentation sonore, voici avec cet album, la preuve indéniable de leur engagement et de leur talent. Composé par deux membres du groupe : Barkin Engin et Burak Tamer, Reveries Falls On All est un groupe a part entière. Formé en 2003, RFOA sculpte le son et lui révele sa part onirique.

Lors d'un voyage en 2006 à Istanbul, j'ai eu la chance de les voir au Galata Perform, et je ne suis pas ressorti indemne de cette expérience. Les musiciens passent de leurs guitares à leurs pc sans jamais lever les yeux vers le public venu en masse ce soir là. Deux autistes concentrés à la fabrication d'une texture sonore faite d'erreurs digitales et de bruits ambiants. RFOA m'avait bluffé surtout par le ressenti qui a suivi la soirée, un rêve fugace, l'impression d'avoir participé à un grand test d'hypnose, une perte totale de mes repères et le besoin organique de renouveler cette expérience.
Leur musique est imperceptible, onirique...et si on devait la comparer, on pourrait parler d'un musicien comme Christian Fennesz tant l'approche qu'il a des sons et de la musicalité est très proche de RFOA. Au carrefour de différents styles, leurs ancêtres s'appellent Brian Eno et Sonic Youth.

Bien au chaud dans son canapé, tout doucement votre rythme cardiaque baisse, vos paupières se ferment sans effort et vous traversez la frontière entre le monde réel et le monde du rêve. Ne cherchez pas à lutter, on passe 10% de notre vie à dormir!!!
Reverie Falls On All nous permet de toucher du doigt un monde onirique, tout en gardant les yeux ouverts. Une thérapie par le bruit!!!

A noter que leur album est en téléchargement légal sur leur site
et qu'un album nommé "IMC EP" devrait être disponible dans pas longtemps

http://www.myspace.com/reveriefallsonall

14/12/2007

Beyond Istanbul: Underground Grooves of Turkey - Compiled by Ipek Ipekçioglu




Gling...gling, mais que fout 50 cent dans cette compilation ? L'intro du morceau, en tous cas m'y fait penser méchamment. Le beat laisse la place, maintenant à une mélodie ce qu'il y a de plus traditionnel. On me dit à l'oreillette que c'est l'oeuvre d'un duo français "Pascal Werner & Stéphane Horeau". Pas grand chose à dire, les petits frenchies ne se sont pas foulés: une boucle électro et un sample de musique folklorique...Bof!
Remercions cette compil' de nous présenter Şivan Perwer, un artiste kurde dont j'apprécie énormément la musique. D'emblée sa voix grave et les arabesques envoûtantes des joueurs de saz nous transportent.
Passons très vite sur Cay Taylan et Baba Cay qui ne proposent pas grand chose de nouveau et ne nous attardons pas sur le R'n'B orientalisé de Nil Karaibrahimgil.
J'ai bien aimé aussi dZihan & Kamien qui ont compris que dans l'électro, rien ne se perd, tout se transforme et j'ai complétement craqué pour la collaboration du Brooklyn Funk Essential et de Laço Tayfa qui revisite le Ska.
Dans ce grand brassage trans-musical, la compilation "Beyond Istanbul" touche du doigt le divin avec la collaboration du multi instrumentiste Burhan Öçal et de Trakya All Stars. Rayez la mention inutile : electro-rom ou down tempo tzigane.
Sans mercantilisme, on n'oublie pas les valeurs sures de la Scène Stambouliote avec l'homme qui toaste plus vite que son ombre : Ceza, les obscures chamanes Baba Zula ou bien les rockers Replikas, qu'on ne présente plus...

Tous ces morceaux ont été compilés par Ipel Ipekçioglu, une dj turque qui bosse dans une boite de nuit berlinoise. Son postulat de départ est de proposer une musique métissée à une population diverse. Dans l'ensemble, le choix des morceaux est assez judicieux, pas tout le temps original. Malgré ça, plusieurs fautes de goût sont disséminées dans la galette.
Enfin je ne suis pas convaincu par le mix, parfois inexistant, souvent convenu et de toute façon relativement inutile.

13/12/2007

Replikas / Avaz (Doublemoon - 2005)




Pas la peine de tourner autour du pot, l'artwork d'Avaz et le nom du producteur inscrit au dos du digipack nous laisse présager du meilleur quand à cette galette!!
Voici, selon moi, l'un des meilleurs albums sortis en 2005, même si je l'ai découvert malheureusement l'année suivante lors d'un voyage à Istanbul.
Quel choc de retrouver sur le même CD, le mariage parfait (et non arrangé) du rock occidental et le feeling si particulier de la musique turque. A l'image d'Istanbul, la ville dont ils sont originaires, leur musique est un croisement de l'orient et de l'occident (il suffit de traverser le pont).
Venons-en au fait, "Avaz" a été enregistré en 2005 et produit par Wharton Tiers. Grand monsieur du rock alternatif à qui l'on doit le son de groupes comme Dinosaur Jr., An Albatross, Glen Branca ou bien l'incontournable album "Goo" de Sonic Youth. L'album commence avec le tube radio du groupe "gece kadar", et même si je trouve ce morceau un peu en deça, le son te mets déja au tapis. Tranquillement mais sûrement, Replikas avance ses pions, la révolution rock est ouverte. Ces gars là ont bouffé du Sonic Youth au petit dej, du Erkin Koray au déjeuner et ont bu un grand bol de musique traditionnelle avant d'aller se coucher. Comprendre l'alchimie des compositions de Replikas demande à l'auditeur un certain éclectisme. Comme le prouve le projet noise-ambiant "Reveries Falls On All" de 2 membres du groupe, l'improvisation et le bidouillage font partis indéniablement de la recette.
Et voila que commence "Beden Yuksek"...chouette on va pouvoir parler de Krautrock, le fameux psychédélisme allemand a nagé et s'est échoué sur les rives du Bosphore, Replikas a bien retenu la recette. Ne restant jamais dans un même schéma et préférant la difficulté au schéma couplet/refrain. Je finirais juste en parlant du 7eme morceau "Omun Sayaci", moment orgasmique de l'album où la distorsion grasse et le violoncelle se fondent dans une puissante explosion de mélancolie.
Encore une fois, comme bien souvent dans ce vil monde de la musique, il est dommage qu'un groupe de cette trempe, capable de rivaliser avec les pointures du rock alternatif actuel ne jouisse pas d'une médiatisation à la hauteur de son talent.

http://www.myspace.com/replikastr
http://www.blogger.com/replikas.com