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03/03/2008

Gevende / Ev (Baykus Music - 2006)




"Ev" signifie en turc la maison, le foyer, c'est à dire l'endroit où l'on se sent chez soi. Pour Gevende, le monde entier est "Ev". Cette philosophie de l'exil, Gevende l'a érigé en dogme, lors d'un périple en 2006, ils sont partis à la rencontre d'autres cultures et d'autres univers musicaux, ils se sont arrétés en Iran, en Inde, au Pakistan ou au Népal. Cet empirisme musical apparaît comme le marque de fabrique du groupe.
On est, en effet tout de suite frappé par la densité et l'effervescence émergant de ces neuf chansons. Nous ne sommes pas alors étonné, d'apprendre que pas moins de vingt deux musiciens ont collaboré à ce disque ...ce qui représente aussi une palette d'instruments considérable...de la trompette, du saxophone, du trombone, des tablas, du violoncelle, du didgeridoo mais aussi du piano, un tambour et de la flute, sans oublier les instruments plus classiques comme la guitare, le saz ou la batterie.
A la base, Gevende se compose d'un noyau dur de quatre persones. En laissant cette ouverture propice à l'improvisation, une oeuvre folle a jailli de ces rencontres...sans jamais perdre de sa cohérence.

Direction les balkans pour un premier morceau. Porté par les arabesques du violon, Gevende mélange les gammes de la musique turque au jeu gitan. Seul un break de tablas indiens vient interrompre un morceau qui n'aurait pas fait tache dans la bande originale de "Chat noir, chat blanc" (Kusturika). Un pied en roumanie et l'autre à Cuba, les trompettes de "Refik"se consument dans une salsa endiablée..portées par la complainte d'une gitane. Le troisème morceau "Nem" s'apparente beaucoup plus au jazz...le Ney (flute turque) accompagne à merveille les registres traditionnels de la musique turque...envoutants et mystérieux. Bande originale du film de leur périple, "Ev" est coloré de multiples sentiments : la mélancolie sur "Nayu", l'espoir sur "Okyanus Dügünü" ou bien la tristesse sur "Anonim". Ce même morceau est assez représentatif de la musique de Gevende : sur la base d'un morceau typiquement gitan, les percussions sont venus tout droit d'Amérique du sud tandis que les arrangements sont typiques du folk turc. La suite de l'album emprunte une voie un peu différente, en phase avec un certain rock progressif façon Franck Zappa ou The Mars Volta.

Un premier CD en forme de témoignage de leur voyage, Gevende offre une vision décompléxée des musiques traditionelles en y injectant des univers poutant éloignés comme le jazz ou le rock. La richesse de cette oeuvre impose une limite à cette chronique... celle de la conclure et de se remettre "Ev" dans les cages à miels...

http://www.myspace.com/gevende

04/02/2008

Dandadadan / Sen Bana Birini Android (Fono Müzik)




Nous allons parler d'une époque que les moins de 20 ans ne doivent pas connaître. Dans les années 70, des groupes comme King Crimson ou Genesis ont cherché à créer une musique libre et sans contrainte, se détachant peu à peu des carcans du rock, on a appelé ce genre le rock progressif. Aujourd'hui, ce mouvement qui ne s'était jamais tari connaît un regain d'intérêt, son salut est venu de la fusion des styles.
Dandadadan a bien saisi les codes, et nous propose une mixture de free jazz, de kitsch, de rock et d'expérimentations diverses.
Ce quatuor est composé d'un clavier, d'un bassiste, d'un batteur mais surtout d'un saxophoniste hors norme, qui n'est pas sans rappeler John Zorn pour l'excentricité de son jeu.

Les deux premiers morceaux questionneront à coup sûr l'auditeur. C'est quoi cette pop de minettes? Un saxophone qui pleure et un synthé qui se perd dans des fioritures débordantes de bon sentiment. En tous les cas, c'est une bonne stratégie car la suite de l'album apparaît tout de suite beaucoup moins fade. Ce qui prouve qu'on a rien sans rien!!
"Hayalatler" permet tout de suite de situer l'autre influence majeure de Dandadadan, explosion punk et onomatopées, je veux bien sûr parler du célébre Mike Patton.
Arrive sans crier gare le tube de l'album, "Kutbu Kuzey" ou le mélange improbable d'Enrique Iglesias et d'Iron Butterfly.
Après ce surprenant morceau, le groupe trouve un autre groove, et tisse des ambiances dignes de "Lost Highway" de David Lynch, à la fois posés et sombres.
Le saxophoniste-chanteur s'impose comme le pilier de ce combo, le huitième morceau "Kara araba" lui permet de s'exprimer à sa juste valeur. J'ose à peine imaginer les claques qu'ils doit distribuer en live, tant l'inventivité dont il fait preuve sur la suite de l'album est éloquente.

Pour définir Dandadadan, il faut imaginer "Le Cri" de munch dans un cadre rose bonbon ou une oeuvre de Roy Lichtenstein accroché au dessus d'une chaire d'église...
Carrément génial ou simple faute de goût. A vous de choisir!!!

Entrez Mesdames et Monsieurs, n'ayez pas peur!!!
Le cirque Dandadadan est fier et heureux de vous accueillir dans son chapiteau.
Vous allez découvrir dans quelques instants un univers loufoque et inquiétant, installez-vous bien au fond de votre chaise, le spectacle va commencer!!!

http://www.myspace.com/dandadadan